Voici une enquête publiée en 1984 par le magazine « Bateaux ». Cette enquête a été réalisée avec le soutien des propriétaires de Gib’Sea 28 qui ont répondu à un questionnaire fourni par la rédaction de « bateaux ».
Nos lecteurs jugent leur bateau :
GIB’SEA 28
Le gib’sea 28 fait aujourd’hui figure de pionnier dans la famille des dériveurs lestés modernes. Malgré quelques petites faiblesses, il jouit d’une très bonne cote auprès des propriétaires qui ont répondu nombreux à notre questionnaire.
Présenté pour la première fois en décembre 1977, ce sloop de 8,50m dessiné par Michel Joubert a été tiré à 385 exemplaires en quatre années d’existence. Avec six couchettes en deux cabines, ce croiseur avait été frappé de l’étiquette « famillial ». Mais le nom de l’architecte et les 44m² de voilure permettaient cependant de supposer qu’il ne s’agissait sûrement pas « du bon voilier pépère » que suggère cette appellation. Après l’épreuve « bateaux » à laquelle il a participé en 1979, aucun doute ne pouvait subsister. Ce famillial pouvait se mesurer sans honte avec les voiliers les plus performants de l’époque comme, entre autre, le First 30, le Suspens ou le J 24.
Mais les performances n’excluent pas nécessairement l’espace et le confort. Deux qualités justement recherchées par la plupart des propriétaires qui ont répondu à notre questionnaire. En premier lieu, c’est surtout le très bon rapport qualité-prix qui a décidé la plupart d’entre eux.
Néanmoins, le tempérament sportif a joué son rôle au moment de la décision car, s’ils ne sont pas moins de 95% à ne jamais régater, tous ont déjà possédé un petit voilier sportif et, surtout, 92% des réponses font état de plus de deux mois de navigation par an, et d’environ 1500 milles parcourus dans cette période. On notera enfin qu’une très grande majorité des propriétaires qui nous ont répondu (95%) ont choisi la version dériveur du Gib’Sea 28, ce qui confirme leur programme de petite croisière.
« Rapide et confortable »
En les notant sur 10, nos lecteurs ont apprécié pour leur unité chacune des qualités essentielles d’un voilier. Bien que, dans l’ensemble, le Gib’Sea 28 se tire très honorablement de cette redoutable épreuve, on remarque cependant des hauts et des bas, qui ne font du reste que confirmer les grands « traits de caractère » du bateau.
C’est incontestablement le confort des aménagements qui l’emporte sur ce bateau, avec une moyenne de 8,58 et cela avec 58,3% de 9 sur 10. Ont ensuite été également bien notées la stabilité par vent arrière (58% de 8 sur 10), la circulation sur le pont (41% de 9 sur 10), et la vitesse au portant (50% de 8 sur 10). Même la plus mauvaise moyenne, 6,16 pour l’évolutivité au moteur, demeure tout à fait passable. On note par ailleurs que les écarts types sont très faibles dans la plupart des matières, ce qui montre une très bonne cohérence des jugements et n’apporte que plus de valeur aux résultats de cet examen.
Le verdict ainsi rendu par les propriétaires qui nous ont répondu ne fait que confirmer les observations faites sur le Gib’Sea 28 DL au cours de l’épreuve « Bateaux » publiée en juillet 1979. Nous apportions néanmoins dans nos commentaires une petite réserve au sujet des emménagements qui, très agréables au port, risquaient de l’être moins au large. Là aussi, nos lecteurs nous ont suivis en n’attribuant que 7 de moyenne au confort en mer. Ils auront sans doute constaté comme nous que « ce type d’emménagement est très agréable lorsque chacun des équipiers est installé à un poste précis….Mais engendre des embouteillages lorsque deux personnes stationnent près de la descente.
Au chapitre des performances, le Gib’Sea 28 a aussi montré au cours de cette confrontation de très bonnes aptitudes au largue et au vent arrière face à 23 concurrents. Deux allures que les propriétaires ont aussi particulièrement apprécié. « avec 6,2 nœuds et à 0,7 nœud du leader, le Gib’Sea 28 DL retrouve une place que sa nature de dériveur laissait présager. Tout près du First 30 S, il devance les autres 9 m », écrivons nous lors de cette épreuve « Bateaux ». Quand au 7 sur 10 de moyenne accordé aux qualités de remontée au vent, il correspond parfaitement aux résultats des essais comparatifs qui mettaient en valeur les performances correctes, mais pas exceptionnelles du Gib’Sea 28 DL à cette allure.
Les Critiques
Ce type d’enquête l’a déjà montré à plusieurs reprises : les critiques formulées par nos lecteurs permettent immanquablement de discerner le « péché mignon » voire même le défaut majeur du bateau incriminé. Ainsi voit-on que sur le Gib’Sea 28, la grande majorité des critiques est concentrée sur deux appendices de première importance : la dérive et le safran. « dans certaines conditions, la dérive bat au point de rendre le sommeil impossible » estime un propriétaire qui juge « important » ce défaut lors des traversées dépassant 24 heures. D’autres utilisateurs ayant aussi constaté ces battements de dérive pensent cependant que cette lacune est mineure dans la mesure où l’appendice, utilisé essentiellement au près, se trouve généralement bien appuyé, et par conséquent dans l’impossibilité de battre.
Pour ce qui concerne le safran, la plupart des utilisateurs qui nous ont répondu estiment que son efficacité est perfectible « car, déclare l’un d’entre eux, la barre est dure au largue et les embardées sont parfois difficiles à contrôler au grand largue ».
L’un des nombreux propriétaires qui jugent le safran trop court est allé jusqu'à rallonger de 25 cm pour en améliorer le rendement.
Ceci étant, les choses ne sont pas si simples avec un dériveur. Beaucoup de propriétaires dont le bateau est équipé d’un safran « normal » ont en effet remarqué qu’à l’échouage, celui-ci a tendance à supporter des efforts beaucoup trop importants. L’un d’entre eux explique les circonstances et les conséquences de cet inconvénient : « A l’échouage, sur sable ou sol non dur, le safran porte souvent et travaille. Ainsi, la goupille d’aiguillet a été cisaillée une fois sur mon bateau ». un autre pense que la mise en place d’un système de relevage du safran suffirait à effacer définitivement le problème.
Parmi les défauts mineurs, beaucoup d’utilisateurs ont constaté que l’inclinaison du cockpit est telle que l’on ne peut échapper à la flaque d’eau permanente dans le fond et sur les bancs. Enfin , quelques-uns estiment que la conception du plancher et le dispositif d’assèchement sont à revoir. Néanmoins, il convient ici de préciser qu’aucune des critiques qui nous sont parvenues n’est empreinte d’amertume. Il suffit d’un chiffre pour se convaincre de la satisfaction générale. A le question : « ce bateau vous convient-il ? », cent pour cent des propriétaires qui ont participé à notre enquête ont répondu « oui ».
Le mot du constructeur
Conformément à la tradition, le chantier Gibert Marine a été invité à se prononcer sur les différents défauts constatés par nos lecteurs propriétaires de Gib’Sea 28.
Ainsi apprend-on avec satisfaction que le bruit de la dérive n’est plus, aujourd’hui un problème. En effet, depuis septembre 1981, les lests en fonte sont percés pour la mise en place de deux tampons en polyamide destinés à empêcher le débattement. Pour ce qui concerne le safran, un responsable du chantier explique : « Avec le Gib’Sea 28, nous étions le premier constructeur à remettre au goût du jour le dériveur lesté de grande taille. Donc nous avons misé sur la fiabilité et par conséquent sur la simplicité. Afin de satisfaire à cette ligne de conduite, nous avons voulu éviter d’avoir un safran relevable. Par ailleurs, le bateau étant dur à la barre à ses débuts, nous avons fait un safran compensé dont la surface est identique à celle d’un safran plus long ; il nous parait donc pas judicieux de l’allonger encore. A noter enfin que, lors d’un échouage difficile, celui-ci peut s’enlever aisément. Il a été pour cela conçu avec une légère dissymétrie qui permet de l’ôter aisément en poussant la barre à fond d’un coté".